Granit contre écume

Granit contre écume

C’était comme si la traditionnelle interview du Président de la République le 14 Juillet avait été avancée lundi soir. Pas tout à fait. L’intervention de Nicolas Sarkozy était d’une autre dimension dans un contexte particulier, au tournant d’un monde nouveau qui s’esquisse. Prise de parole essentielle, attendue et entendue dans une sobriété d’homme d’Etat. Le cap des trois ans de présidence passé, l’heure n’est ni au bilan ni aux critiques stériles mais à la réaffirmation du même socle de volonté qui a porté un homme et toute une équipe à la tête de notre pays. C’est bel et bien dans ce genre d’exercice là que la fonction présidentielle se  » sacralise « , par la rareté et la justesse d’une telle intervention. Le Président est ainsi dans son rôle : au creux de la vague et du tourment, tenir la barre et fixer le cap pour toute une nation.

Bien sûr, il a fallu commencer par les affaires, encore et toujours, les affaires, marmite fatale dans laquelle les journalistes semblent tomber dès leurs débuts.

C’est comme ça, les socialistes en font l’écume des jours et les médias le sel de l’actualité.

Le Président a donc renouvellé son entière confiance au Ministre du Travail Eric Woerth. Mais dans un souci de clarté qui s’avérait incontournable, il a émis le souhait de voir ce dernier démissionner de sa fonction de trésorier de l’UMP. Ce sera fait le 30 Juillet. Dans ce même sillon de République irréprochable, Nicolas Sarkozy est revenu sur les démissions de Christian Blanc et Alain Joyandet, nécessaires. Il a aussi rappelé le nouveau fonctionnement du budget de l’Elysée depuis son élection, désormais contrôlé chaque année par la Cour des Comptes. Puis a annoncé la création  » d’une commission représentant toutes les familles politiques pour réfléchir (…) à la façon dont on doit ou non compléter ou modifier la loi pour éviter à l’avenir toute forme de conflit d’intérêts qui pourrait intervenir « .

La priorité était cependant aux grandes réformes et décisions à venir. De nouvelles masses de granit en quelques sortes, qui vont être jetées pour former la France de ce nouveau siècle.

Car les difficultés sont bien là. Crise financière, crise économique, crise agricole, crise de l’euro. En deux ans, quatre crises. Alors, de la lucidité s’impose. Ces temps traversés sont vécus très durement par de nombreux Français, et il faut porter une parole de vérité, c’est ici toute la responsabilité d’un homme d’Etat véritable. Néanmoins, il convient de faire attention à la connotation de certains mots, comme celui de « rigueur », qui effraie plus qu’autre chose. De toute façon, la rigueur met en place la baisse des salaires et la hausse des impôts.  » Je ne le ferai pas  » a martelé le chef de l’Etat, tout en affirmant sa volonté de mener une politique rigoureuse, qui inclue un certain sens de l’éthique.

Le Président a rappelé les mesures prises pour insuffler une vitalité nouvelle à la compétitivité, énumérant la fin des 35 heures, les subventions historiques allouées à la Recherche et aux Universités, la suppression de 100 000 postes dans la Fonction Publique en trois ans, exortant les collectivités locales à instiguer une politique similaire mêlant responsabilité, exigeance et sobriété. Conformément aux engagements européens pris, la réduction de la dette se poursuivra pour passer de 8 à 6% du PIB en 2011. Sur l’imposition des riches, le chef de l’Etat a rappelé sa conviction inébranlable sur le maintien de l’ISF quand tant d’autres pays européens socialistes l’ont supprimé.

La présidence du G20 par la France, à partir de Novembre prochain, grande étape du quinquennat, s’articulera sur trois priorités pour le Président de la République : un nouvel ordre monétaire international, et donc une nouvelle gouvernance mondiale, la régulation des matières premières et enfin la défense du modèles agricole français et européen.

Revenant sur le plan national et le grand rendez-vous de l’année avec la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy a affirmé sa volonté d’aller jusqu’au bout, s’opposant à la démagogie de ceux qui proposent de travailler moins : à quel prix ? celui d’endetter les générations à venir ?

 » Gouverner, c’est contraindre  » disait Pompidou. C’est l’essence même de la responsabilité politique.

Le 14 Juillet ne commémore pas la prise de la Bastille mais la fête de la Fédération c’est à dire la concorde entre toutes les composantes du pays. C’est bien cela qui est bousculé et fragmenté par la crise économique et éthique actuelle. C’est cela que le Président considère et prend en compte.

Dans ces temps incertains, nous faisons le choix de l’honnêteté et du courage.

C’est le granit contre l’écume, la vision à portée historique contre l’éphémère.

L’Histoire seule jugera.

Commentaires

Un commentaire à “Granit contre écume”
  1. pierre g dit :

    Excellent billet et très bon choix de photo comme d’habitude. Merci et bonne continuation Benjamin.

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